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2014 | M. François Hollande

Discours lors de la session solennelle du Conseil général à la Maison des Vallées - 12 juin 2014

Monsieur le Syndic général,

Madame la Vice-syndic,

Monsieur le chef du Gouvernement,

Mesdames, Messieurs les ministres,

Mesdames, Messieurs les conseillers généraux,

Je suis sensible à l’accueil que vous me réservez comme Co-Prince et comme Président de la République française. Je salue les belles paroles que vous avez prononcées, Monsieur le Syndic général sur la responsabilité politique, où que ce soit, à quel que niveau que ce soit.

La décision est toujours difficile à prendre, elle est exigeante, elle ne recueille pas de prime abord l’adhésion mais elle fonde un engagement et elle permet au terme d’un mandat d’être fier de ce qui a été fait pour le pays quelle que soit la taille de celui que l’on sert.

C’est vrai qu’il y a partout et même ici, toujours la tentation de l’égoïsme, du repli. La peur saisit tous les peuples, même ceux qui sont comme en Andorre les plus aguerris. Personne n’est protégé du monde même derrière des hautes montagnes. Et donc, à un moment ou à un autre, il faut faire des choix et vous les avez faits.

Cette visite, nous en avions convenu avec monsieur le chef du Gouvernement, avec vous, lors de notre première rencontre. J’avais pris cet engagement parce que c’est celui que tous mes prédécesseurs avaient également honoré et qu’il m’importait de le faire dans un temps raisonnable, deux ans.

J’aurai pu venir plus tôt, j’aurai pu venir plus tard, j’aurai pu rester peu, je vais prendre le temps. Et cette visite, je l’accomplis parce que j’occupe cette fonction, cette charge de Co-Prince, celle que votre constitution confie au Président de la République française. Cette fonction, ce mandat est une forme d’héritage de l’Histoire.

Tout à l’heure, il a été rappelé que c’était le Comte de Foix. Je ne veux pas me mettre dans cette lignée, je suis dans la République. Et c’est dire si cette relation est profonde et ancienne. Mais surtout la fonction que j’occupe par la constitution de 1993 marque une confiance, celle que vous accordez à votre voisine, la France.

Et cette responsabilité illustre l’une des dimensions de l’identité andorrane que vous avez évoquée. Ce mélange de fidélité, de traditions et en même de temps de modernité et de fierté. J’ai conscience qu’ici je suis dans une maison, la Maison des Vallées qui est le siège de l’un des plus anciens parlements d’Europe. Ce qui prouve que l’on peut être peu nombreux et très démocratiques ; et que vous avez ici le poids de l’Histoire qui vous rappelle là encore les exigences de la mutation et de la réforme.

Depuis 1419 et la constitution d’un Conseil de la Terre jusqu’au Conseil général que vous formez, les Andorrans ont toujours voulu être maître de leur destin. Et depuis des siècles, ils se réunissent ici pour régler les affaires de la Principauté.

C’est ici que s’est décidée la Nova Reforma de 1866, qu’a été votée l’institution du suffrage universel en 1933 et que votre constitution a été adoptée en 1993. François MITTERRAND était à l’époque votre Co-Prince et il avait accompagné ce processus. Il l’avait favorisé et il l’avait consacré ensuite en venant ici.

La Maison des Vallées a donc une longévité exceptionnelle même si vous avez décidé de faire un nouveau siège qui ressemble au précédent mais en y apportant, c’est votre originalité, toujours cette modernité alliée à la fidélité.

Je viens donc inaugurer le nouveau siège du Conseil général, plus vaste, plus fonctionnel, j’imagine avec une réfrigération qui permet d’être plus à l’aise pour les débats. Mais vous avez attendu trois ans, et je veux, ici, vous remercier pour votre patience parce que vous souhaitiez que les Co-Princes puissent être là et donnent une dimension – je n’ose pas dire historique – mais symbolique à cette belle inauguration qui consacre aussi une très belle réalisation architecturale. Et je veux saluer, ici, ceux qui en ont été à l’initiative et qui y ont été à l’œuvre.

Je ne suis pas venu seul, je suis venu aussi avec des élus français proches et le Président du Sénat qui, lui-même, est votre plus proche voisin.

Et je reviens à votre démocratie, elle est à bien des égards, exemplaire. La parité que je constate, elle y est effective. Comme le renouvellement des générations, l’ouverture à toute la société et également votre décision d’associer les citoyens aux travaux du Conseil général. Je n’ose pas dire que la démocratie participative a été inventée en Andorre mais elle y a fait ses preuves.

Je rappelais la constitution de 1993 parce qu’à ce moment-là, vous pouviez décider d’organiser vos institutions avec la volonté de vous émanciper des Co-Princes et vous avez décidé de les préserver parce que c’était pour vous une façon, non seulement, d’honorer l’Histoire mais également de prendre votre place pleinement dans le Conseil des Nations.

Je m’engage donc à exercer pleinement, ce que je fais depuis deux ans, la responsabilité qui m’est confiée.

Je le fais conjointement avec le Co-Prince épiscopal et avec le souci de ne pas interférer dans le fonctionnement de la démocratie andorrane - qui d’ailleurs ne me le demande jamais, ce qui est bon signe.

Cette constitution vous a permis de mettre en place un Etat de droit où les libertés fondamentales sont garanties par le Tribunal Constitutionnel – j’ai salué son Président – où le Conseil supérieur de la Justice – j’ai également reconnu son responsable – veillent au bon fonctionnement et à l’indépendance du pouvoir judiciaire. Et où la démocratie locale est vivante notamment dans les paroisses que j’aurai l’occasion de visiter.

Les lois de la majorité et de l’opposition existent comme partout, même s’il faut toujours veiller à chercher les consensus quand ils existent, les majorités d’idées. Et qu’il y a toujours nécessité à pouvoir bien distinguer les idées qui animent les élus et en même temps de faire les gestes qui permettent, à un moment, de réunir.

Le débat politique y est libre, particulièrement libre ici, et je m’en félicite.

Votre constitution a également permis à la Principauté d’entrer aux Nations unies et dans les relations internationales l’Andorre se fait entendre parce que vous rappelez, comme la France, les principes fondamentaux. Lorsque que je reçois, comme Co-Prince, les lettres de créances d’Ambassadeurs qui représentent leurs Etats, ici, dans la Principauté, je rappelle toujours ce qu’est votre rôle international.

L’Andorre a démontré lorsqu’elle a présidé le comité des Ministres du Conseil de l’Europe entre novembre 2012 et mai 2013 combien elle était attachée à la liberté, aux droits de l’Homme, à la dignité humaine.

De la même manière, je sais combien vous êtes engagés pour la diffusion des savoirs, pour la connaissance, pour l’éducation. C’est d’ailleurs pourquoi vous participez activement au programme de l’UNESCO pour l’éducation pour tous.

Vous avez compris que la modernisation politique devait s’accompagner de la modernisation économique et qu’il n’y avait pas de démocratie s’il n’y avait pas aussi l’ouverture et des règles qui permettent à votre pays d’être pleinement en Europe et dans le monde.

Vous avez été touchés par la crise. D’ailleurs comment auriez-vous fait pour y échapper ? Entre l’Espagne qui connaissait la récession et la France qui n’avait pas la croissance qui était espérée, vous en avez forcément subi les conséquences.

Vous auriez pu avoir un réflexe qui existe partout qui est de se protéger, de se calfeutrer, de se rétracter, de se renfermer. Il y avait, sans doute, une aspiration dans la population, il y en a toujours qui pensent que l’on peut, en faisant le gros dos, laisser passer les vents et que l’on peut s’exonérer de ses responsabilités. Cette voie – je vous le dis – aurait été sans issue. Elle ne vous aurait protégés de rien, elle vous aurait isolés. Vous auriez été suspectés d’abord comme Principauté. Avec des règles particulières, on vous aurait fait le reproche d’abriter je ne sais quelle activité. Vous avez donc fait le choix de vous ouvrir, c’est-à-dire de vous engager, depuis plusieurs années, dans un vaste mouvement de réformes qui n’est pas achevé car aucune réforme n’est la dernière.

D’ailleurs quand des Gouvernements disent que c’est la dernière réforme, il faut se méfier, cela en annonce une prochaine. Mais il n’y a aucune réforme qui va déterminer l’avenir par elle-même. C’est un mouvement, un processus qui fait que nous avançons et que nous faisons à chaque fois des choix qui doivent être, comme vous l’avez rappelé monsieur le Syndic général, ceux de l’intérêt général. Alors il faut vaincre le scepticisme, la peur, parfois le corporatisme, cela existe partout, cela n’a été inventé nulle part, c’est produit avec le comportement des hommes et des marchands qui, à juste raison, pensent toujours à ce qu’ils ont à faire, et c’est d’ailleurs leur première responsabilité. Alors nous devons toujours réformer.

Vous avez un agenda qui est particulièrement ambitieux. Vous avez pu surmonter vos divergences et vous avez introduit un impôt sur le revenu – c’est ce que vous venez de décider, et à une large majorité.

Vous avez également eu le souci, comme nous l’avons en France, de gérer avec sérieux et équilibre les finances publiques de l’Etat andorran. Et ce sérieux est reconnu par toutes les institutions internationales et placent l’Andorre dans une position favorable, parce que c’est cela le but de pouvoir être dans la reprise qui s’annonce de l’économie européenne.

Vous avez compris que la transparence des transactions, l’équité fiscale, la supervision des activités financières étaient des objectifs incontournables pour la Principauté.

Vous avez, donc, depuis 2009, généralisé la TVA, introduit l’imposition directe sur les bénéfices des sociétés, sur les revenus des non-résidents et maintenant des résidents.

J’imagine que cela n’a pas été commode et facile. Demander de l’impôt ne rend jamais populaire, nulle part. Ne pensez pas qu’il y a une spécificité andorrane, c’est vrai partout. Mais il ne s’agit pas d’augmenter des impôts, il s’agit de permettre que l’impôt soit général, clair et connu de tous. Et c’est ce qui vous a permis de négocier de nombreux accords permettant l’échange d’informations en matière fiscale, 23 conventions ont été signées dont une avec la France en 2010. Vous avez pu ainsi signer la convention de coopération et d’assistance mutuelle en matière fiscale de l’OCDE, c’était l’année dernière. Cela est une puissante reconnaissance de ce que vous avez fait en matière de normalisation fiscale.

Vous avez ensuite signé des accords de non-double-imposition et notamment avec la France et vous savez que nous avons signé cet accord en avril 2013 et il a été présenté au conseil des Ministres – j’y ai veillé hier.

Vous avez également levé les restrictions sur les investissements étrangers en Andorre. C’est toute l’économie de la Principauté qui se trouve en mutation !

Est-ce que vous avez perdu votre identité en faisant ces réformes ? Non, pas simplement parce que nous sommes dans ce décor exceptionnel – je parle de votre géographie –, pas simplement parce que nous sommes ici dans un lieu chargé d’Histoire, pas simplement parce qu’il y des traditions. Non, vous avez su préserver ce qu’étaient – je l’évoquais – les racines du peuple andorran et en même temps ce qui devait faire monter les arbres, c’est-à-dire toujours essayer de nous élever. Les Andorrans savent bien que, depuis un siècle, et il n’y a pas que les Andorrans qui le pensent, c’est de l’ouverture que vient le progrès. C’est elle qui vous a permis de transformer un pays agraire en une économie de services, et de services particulièrement brillants. Et c’est dans cet esprit que vous abordez vos relations avec l’Union européenne.

Vous avez négocié une union douanière avec la communauté européenne qui a été complétée par un accord sur la fiscalité de l’épargne, ça c’était nécessaire ! C’était même la condition. Et il y a un accord monétaire qui vous permet de frapper des euros depuis l’année dernière, donc l’euro circule.

Cette relation doit se prolonger, c’est votre volonté et donc c’est la mienne. C’est, je pense, la logique de votre situation géographique, vous êtes pleinement en Europe et de cette logique des échanges puisque la quasi-totalité de vos transactions se font avec l’Union européenne. Un accord d’association est en cours de discussion et la France soutiendra vos efforts et sera avec vous plus qu’un partenaire, une alliée.

Monsieur le Syndic général, monsieur le chef du Gouvernement, mesdames et messieurs les conseillers, vous êtes les héritiers d’une longue histoire, sept siècles. Vous représentez le peuple andorran que je rencontre aujourd’hui et dont on sait combien il est attaché à son indépendance et qu’il a su construire une démocratie originale et exemplaire.

Vous avez fait le choix, depuis longtemps, renouvelé en 1993 et que ma présence ici confirme, d’une relation particulière avec la République française. C’est une relation de confiance et c’est une relation d’amitié. C’est une relation indestructible et je suis sûr que nous pourrons continuer à cheminer ensemble.

La France vous accompagnera autant qu’il sera possible en Europe et dans le monde non pas comme une protectrice, vous n’avez pas besoin de cela, mais tout simplement comme une amie. Et je vous confirme donc que le soutien, l’attention du Président de la République et donc de votre Co-prince. Ce soutien et cette attention vous sont pour toujours acquis.

Je suis donc heureux d’être ici parmi vous, j’allais dire chez moi, ici, en Andorre. Merci.

Allocution sur la Plaça del Poble - 13 juin 2014

« Monsieur le chef du Gouvernement,

Monsieur le Syndic général,

Mesdames, Messieurs les membres du Gouvernement andorran,

Mesdames, Messieurs qui jouez un rôle dans la Principauté,

Mesdames, Messieurs qui êtes venus à ma rencontre,

Je suis heureux d’être parmi vous. Je le suis comme Co-Prince. C’est une fonction qui peut paraître étrange au XXIème et que beaucoup de mes concitoyens français n’imaginaient pas, quand ils m’ont porté à la Présidence de la République. C’est une fonction que j’ai découverte et que j’assume avec beaucoup de fierté et de plaisir. Vous m’avez accueilli, hier et aujourd’hui, d’une telle façon que c’est une fierté pour la France d’avoir, par l’Histoire et par son Président de la République, la responsabilité de Co-Prince d’Andorre.

Je remercie toutes celles et tous ceux qui, de paroisse en paroisse, et pas toujours les mêmes, m’ont suivi dans mon périple. Je garderai aussi en mémoire les visages des enfants. Je ne savais pas qu’Andorre était une Principauté où les enfants étaient les rois. Tout au long de ces deux jours, pendant les heures d’école sans doute, et même après, ils ont continué à agiter leurs drapeaux. Je souhaite qu’ils gardent ce souvenir longtemps dans leur mémoire, comme le rappel du lien indissoluble entre la France et la Principauté d’Andorre.

C’est un lien historique – vous l’avez rappelé, Monsieur le chef du Gouvernement. Sept siècles, cela remonte au temps du Moyen-Age ! Tout cela aurait pu, à un moment ou à un autre, disparaitre. Pourtant votre constitution de 1993 a voulu qu’il y ait deux Co-Princes : le Président de la République française et l’évêque d’Urgell. Non pas pour garder une trace dans un texte fondamental d’une histoire ancienne, mais pour assurer pleinement les libertés et l’indépendance de l’Andorre.

Ce lien aurait pu être artificiel ou simplement institutionnel. En réalité, c’est un lien personnel. A travers ma personne, à travers ma fonction, c’est à la France que vous avez voulu témoigner votre attachement.

Vous avez une belle constitution qui consacre de grands principes : l’Etat de droit, les libertés fondamentales et un système politique original nourri des traditions – je les ai rencontrées à la Maison des Vallées – mais aussi liées à une volonté d’être en avance, même, sur d’autres démocraties.

Vous voulez, à la fois, montrer votre singularité, votre fidélité à l’Histoire et, en même temps, votre modernité. C’est une belle démocratie qui connait comme partout, bien sûr, des conflits et des clivages. Là où il n’y a pas de différences, il n’y a plus de démocratie. Le système électoral est fait précisément pour que des choix soient établis par les citoyens eux-mêmes. Le Co-prince ne se mêlera jamais de la vie politique intérieure de l’Andorre, parce que vous êtes les seuls souverains de la Principauté, vous le peuple andorran.

Vous êtes une démocratie exemplaire et vous êtes un Etat, un Etat avec tous les droits qui s’y attachent, un Etat reconnu dans la communauté internationale. Andorre siège aux Nations Unies, y joue son rôle, prend également des responsabilités au Conseil de l’Europe – vous avez présidé l’année dernière cette grande institution – et vous participez aux programmes de l’UNESCO. Vous êtes un acteur respecté et écouté dans la communauté internationale.

J’en fais moi-même l’expérience. Comme Co-prince, j’accrédite les ambassadeurs qui sont les représentants des Etats auprès de la Principauté. A chaque fois, j’entends les mêmes observations, venant de tous les pays du monde, saluant le rôle d’équilibre et de sagesse de l’Andorre.

La crise ne vous a pas épargnés parce qu’elle n’a épargné aucun Etat, aucune région. En Europe, elle a été violente, elle a été brutale notamment de l’autre côté des Pyrénées. Vous en avez donc forcément eu les conséquences. Dans ces moments de crise, il y a toujours des doutes.

Que faut-il faire ? Se replier, se protéger, conserver ce que l’on peut avoir acquis ? C’est légitime, c’est naturel, mais est-ce que c’est le bon réflexe quand le monde est ouvert, quand les marchandises circulent, quand les marchés financiers existent et ont leur logique, même si on doit les réguler et les maîtriser ? Lorsqu’il y a des exigences qui sont posées par la communauté internationale ?

Vous avez fait le choix de l’ouverture et de la concurrence. Vous avez fait le choix de la transparence. Ce choix n’a pas été facile parce que, c’est vrai, dans tous les pays, en Andorre, en France, il y a toujours des catégories qui pensent qu’elles sont mises en cause… Alors il faut expliquer, expliquer encore, permettre le dialogue mais aussi, à un moment, décider.

Les réformes - je le disais devant votre Conseil général - ne sont jamais achevées. Les Gouvernements qui prétendent qu’ils sont les seuls à pouvoir détenir la vérité et que les réformes qu’ils proposent sont les dernières avant la prospérité, ne sont pas forcément les plus sincères ! Parce que pour construire la prospérité, pour bâtir la solidarité, il faut avancer, réformer, il faut évoluer – mais toujours avec des principes. Quels sont-ils ? La justice sans laquelle rien n’est compréhensible, mais aussi la modernité.

On peut être, comme vous en Andorre, attachés à son histoire. La France aussi, et c’est parfois la même ! Mais en même temps, nous sommes conscients que, pour avoir un avenir, il ne faut pas simplement avoir un passé glorieux, il faut être capable d’être à la hauteur de cette histoire. C’est ce que vous avez engagé.

Vous avez, notamment, fait une réforme fiscale. Je peux vous livrer mon expérience de Co-Prince, mais aussi celle de Président de la République française : la réforme fiscale, c’est toujours la plus difficile. C’est toujours celle que l’on reporte et qui pourtant est nécessaire, si l’on veut la justice, si l’on veut la transparence, si l’on veut la modernité.

Vous avez également fait des choix courageux, pour être pleinement intégrés dans la communauté internationale, notamment pour tout ce qui concerne la transparence. De grandes organisations comme l’OCDE, aujourd’hui, permettent de donner à l’Andorre un statut, un respect, une considération, une légitimité pour poursuivre ses activités. C’était là l’essentiel.

Vous avez également voulu être associés à l’Union européenne. Comment pourrait-il être conçu un autre avenir pour l’Andorre que d’être associé à l’Union européenne ? La géographie le commande, l’économie aussi, comme l’espace politique que nous avons été capables de créer.

J’ai, il y a quelques jours, accueilli une manifestation exceptionnelle, une cérémonie exceptionnelle, celle du soixante-dixième anniversaire du Débarquement. Andorre était représentée, puisque j’étais là. Quel était le message ? Bien sûr, la reconnaissance de ce qu’avait été le sacrifice de ces hommes morts pour notre liberté ; et également la gratitude à l’égard des vétérans et des survivants. C’était aussi de rappeler ce qu’avait été la souffrance des populations civiles…

Mais le message que nous voulions prononcer, c’était un message de réconciliation et de fraternité, mais également d’exigence pour la paix. Nous croyons toujours qu’elle est assurée, qu’elle est garantie… Mais nulle part, même autour de l’Europe, elle n’est véritablement effective. Il y a toujours de vieux démons qui peuvent ressurgir. Alors nous devons avoir aussi, avec vous, cette volonté de bâtir une Europe sans doute différente de celle d’aujourd’hui. Vous avez votre place en Europe.

Vous avez choisi l’association pour que les jeunes Andorrans notamment puissent circuler, puissent bénéficier des universités européennes ; pour qu’Andorre puisse faire partager, non seulement la beauté de ses paysages, mais de ses produits. Je souhaite vraiment que vous puissiez réussir votre intégration en Europe. Et le Co-Prince et le Président de la République française que je suis vous accompagnera, Monsieur le chef du Gouvernement, pour toutes les étapes. Ce sera un succès pour l’Andorre et également une réussite pour l’Europe.

Je le disais, vous avez un patrimoine exceptionnel, j’ai pu le découvrir – et encore insuffisamment – à travers ma visite dans les paroisses, les paysages que je regarde au-delà de vous, ces belles montagnes… Il faut toujours faire attention à notre patrimoine. C’est pourquoi, dans le préambule de la Constitution andorrane, il y a cette déclaration forte que le peuple est déterminé à préserver l’intégrité de la terre et à garantir aux générations futures des conditions d’existence favorables. Ce message, si je peux l’emporter – comme Co-prince j’en ai le droit – pour le traduire également comme exigence en France et en Europe, autorisez-moi à le faire !

La force de l’Andorre, c’est aussi sa population, vous les jeunes, bien formés et multilingues. En Andorre, on a cette chance de rencontrer plusieurs nationalités, de nombreuses nationalités, plusieurs langues…, mais aussi – je ne veux pas dire surtout – la langue française. Vous aimez la France, aimez la langue française ! La langue française n’appartient pas à la France, elle appartient au monde tout entier et elle appartient aux Andorrans.

Vous avez depuis longtemps fait le choix qu’un système d’enseignement français vous soit proposé. Je fais tout pour qu’il soit préservé, amélioré. Encore aujourd’hui, j’étais au lycée Comte de Foix. J’avais toutes les demandes qui m’étaient adressées mais aussi toutes les satisfactions que je pouvais recueillir sur la qualité de l’enseignement. Je remercie tous les personnels de ce lycée, tous les enseignants, tous les formateurs qui justement diffusent la culture, l’enseignement du français et l’enseignement en français. Cet enseignement est gratuit et il doit rester gratuit.

Je souhaite également que – au-delà de la convention franco-andorrane en matière d’enseignement que nous avons signée il y a peu de mois – il puisse y avoir un investissement pour que les jeunes Andorrans puissent suivre les études supérieures dans les universités françaises, de manière plus facile, de manière plus simple. Ce serait un comble que l’on puisse former autant de jeunes Andorrans dans l’enseignement français et qu’on ne puisse pas les accueillir ensuite dans nos universités ! Sachez bien que nos universités sont ouvertes aux jeunes Andorrans.

Je veux saluer la délicatesse de vos élus. Non pas simplement leur respect pour le Co-Prince, non pas simplement leur amitié à l’égard de la France, non pas simplement leur sagesse qui s’attache à tout Gouvernement responsable… Non, leur délicatesse parce que tout au long de ces dernières heures ils ne m’ont pas parlé de la route... Il a fallu que j’aille au lycée Comte de Foix pour qu’une élève me dise : « alors quand est-ce que la route va pouvoir être terminée ? ». Je ne sais pas pourquoi ses travaux s’étaient arrêtés. Ils vont reprendre. Je veux non seulement prendre cet engagement pour l’Etat mais aussi saluer les efforts du Conseil général de l’Ariège représenté ici par Jean-Pierre Bel, le Président du Sénat français.

Je souhaite qu’au-delà de cette route, qui est plus qu’un symbole, qui est une nécessité, nous puissions également amplifier les échanges économiques. La France ne représente qu’un cinquième des importations de la Principauté. Je pense qu’il y a des produits français qui mériteraient de venir plus largement, ici, dans la Principauté ! Même si je sais qu’il y a beaucoup de Français qui viennent consommer les produits français dans la Principauté...

Mesdames et Messieurs, une fois encore, merci. Merci pour votre accueil. Merci pour votre confiance comme Co-Prince. J’en suis honoré. Merci pour l’amitié que vous portez à la France. Merci pour le bel esprit andorran, fier, singulier et en même temps ouvert. Merci de m’avoir accueilli dans votre pays et de m’avoir fait comprendre qu’il était aussi le mien. Merci. »

Toast lors du déjeuner en l'honneur des autorités de la Principauté d'Andorre Sport Hôtel Hermitage - 13 de juny de 2014

Mesdames Messieurs,

Mon voyage s’achève. Mais j’ai encore quelques heures pour apprécier l’hospitalité andorrane puisque je suis dans un des plus beaux établissements de ce grand pays touristique et de ce petit pays si attachant, le vôtre. Je suis fier d’en être le Co-Prince. Je veux saluer l’évêque d’Urgell qui, avec moi, assure cette responsabilité.

Monsieur le chef du Gouvernement,

Monsieur le Syndic général,

Mesdames, Messieurs les ministres,

Mesdames, Messieurs les maires,

Mesdames, Messieurs qui contribuez chacun et chacune à votre place à l’avenir d’Andorre,

Je ne peux ici que me confondre en gratitude et en remerciements parce que vous avez organisé, pour l’un de vos deux Co-Princes, une visite qui restera gravée dans nos mémoires. Vous m’avez d’abord accueilli dans cette maison, la Maison des Vallées, où je sentais la démocratie andorrane vibrer. Vous avez exposé ce qu’étaient vos choix, que je comprends, que je partage, que je soutiens.

Vous m’avez ensuite emmené dans chacune de vos paroisses. A chaque fois, c’était une découverte, une découverte de paysages, une découverte d’identités locales, une découverte d’équipements, une découverte d’architectures et une découverte de personnalités toutes dignes d’intérêt et hautes en couleurs comme la population andorrane. Votre population ne m’a pas lâché, du début jusqu’à la fin !

Je ne sais combien j’ai signé d’autographes à ces jeunes enfants, je ne sais ce qu’ils en feront ! J’ai serré de nombreuses mains qui se tendaient vers moi, qui se tendaient donc vers la France mais aussi vers le Co-Prince. J’ai également entendu tant de messages d’amitié, de fraternité, de compréhension, d’encouragement... Autant de messages qui étaient adressés à la France toute entière qui, à travers le succès de cette visite, peut se sentir flattée.

C’est toujours tellement agréable d’être aimé ! D’être aimé pour l’Histoire que nous représentons ; pour les valeurs que nous partageons également ; pour les principes que nous voulons faire valoir, partout dans le monde ; pour la liberté que nous représentons.

Je n’oublie pas ce qu’a été Andorre : la terre d’accueil de beaucoup de ceux qui ne savaient plus où aller et qui venaient se réfugier ici. Oui, c’est agréable d’être aimé et d’aimer aussi. C’était une véritable déclaration que vous m’avez faite et que je vous ai rendue, parce que je mesure ce que vous faites ici.

Un petit pays, je l’évoquais, mais qui a de grands projets ! De grands projets pour son tourisme, de grands projets pour l’accueil de visiteurs qui doivent être encore plus nombreux, de grands projets économiques – projets d’emplois, projets européens… Cette visite a donc été également utile. Mais elle se termine par un repas, parce que tout se termine par la table, en Andorre comme en France. Vous avez aussi, hier soir, fait valoir la gastronomie andorrane.

Monseigneur, nous avons de belles institutions, ici en Andorre. Nous avons un beau pays dont nous avons la responsabilité. Nous avons ici une belle démocratie, démocratie parlementaire, démocratie locale… Nous travaillerons donc ensemble pour le bien-être et le bonheur d’Andorre. Merci.

 

 

 
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