ELEMENTS DE L'HISTOIRE
        DE LA PRINCIPAUTE D'ANDORRE


         
         

         

        Les armoiries andorranes résument assez bien la situation géopolitique du pays et son histoire. Divisées en quatre quartiers, elles sont  soulignées de la devise nationale « Virtus Unita Fortior ». Situées dans le quartier supérieur gauche, la mitre et la crosse rappellent le rôle du co-prince épiscopal, l'évêque d'Urgell, tandis que symétriquement, dans le quartier supérieur droit, figure le blason du comte de Foix, premier co-prince français. Aujourd'hui encore, ce dernier blason figure en en-tête des courriers ou décisions signées du président de la République française, co-prince d'Andorre. Dans la partie inférieure de l'écusson on trouve, à gauche, les couleurs de la Catalogne et, à droite, les deux vaches, symbole du Béarn, rappelant ainsi la proximité des deux voisins.
         

        Des origines au XIè siècle.
        L'histoire de l'Andorre se lie à celle du comté d'Urgel


        Les Sarrasins auraient envahi l'Andorre dans le courant du VIIIè siècle et Charlemagne, sans que cela ait pu être vérifié, serait à l'origine de sa libération ; fait pourtant immortalisé dans l'hymne d'Andorre : « Le grand Charlemagne, mon père, nous délivra des Arabes ( ... ) ». En fait, il faut attendre la fin de la première moitié du IXe siècle pour trouver les premiers témoignages écrits relatifs à l'Andorre.

        Un précepte carolingien daté de l'an 843 et signé du roi Charles le Chauve mentionne l'attribution des vallées d'Andorre, ainsi que d'autres territoires, à son fidèle Sunifred, comte d'Urgell. En 988, Borrell II, comte de Barcelone et d'Urgell, cède les francs-alleux d'Andorre à l'église d'Urgell contre des possessions dans le comté de Cerdagne. L'évêque d'Urgell devient ainsi suzerain temporel des Vallées.

        Il faudra cependant attendre le XIIè siècle pour voir se confirmer la suzeraineté de l'église d'Urgell sur l'Andorre. En effet, la seigneurie juridictionnelle de l'église d'Urgell sur l'Andorre repose sur la cession de tous ses biens et droits sur la Vallée d'Andorre, faite par le comte d'Urgell Ermengol IV à l'église d'Urgell, moyennant une indemnité de mille deux cents sous.

        Par un accord signé en 1176 avec l'évêque Bernat Sanç, les Andorrans reconnaissent la souveraineté de l'église d'Urgell, s'engagent à verser un tribut en monnaie à l'évêque et à mettre à son service un homme de chaque maison, en cas de conflit armé. Ces obligations d'ordre judiciaire et militaire, ainsi que la prestation de tous les autres droits, ont été confirmées aux évêques successifs.

        L'inféodation des droits sur l'Andorre aux maisons Caboet et Castellbò

        N'ayant d'autre force armée que celle leur provenant des Andorrans, les évêques d'Urgell furent contraints de demander aide et protection aux seigneurs les plus proches afin de se défendre contre les diverses attaques dont ils étaient la cible, en particulier de la part des comtes d'Urgell. Ces derniers essayèrent en effet, à plusieurs reprises, de regagner à l'Église ce que leurs ancêtres lui avaient cédé.

        Un premier serment, signé en 1095 entre la maison de Caboet et l'église d'Urgell, est confirmé en 1159 par un traité entre le vicomte Arnau de Caboet et Bernat Sanç, évêque d'Urgell. Ce traité rappelle la suzeraineté de l'église d'Urgell sur l'Andorre, ainsi que la donation en fief des Vallées d'Andorre à la maison de Caboet et sa position de feudataire, c'est-à-dire qu'y était clairement disposé que la maison de Caboet ne possédait d'autres droits sur l'Andorre que politiques, militaires et judiciaires, les droits du suzerain restant saufs.

        Dans son testament, daté du 14 janvier 1170, Arnau de Caboet transmet ses droits sur les Vallées d'Andorre, en fief de l'Église, à sa fille Arnalda. À la fin du XIIè siècle, celle-ci épouse Arnau de Castellbo. L'évêque d'Urgell, inquiet de voir la maison de Castellbo participer aux droits sur l'Andorre à travers cette union, fait jurer aux Andorrans, en janvier 1186, de ne reconnaître Arnau de Castellbo comme leur seigneur qu'avec son consentement. Il l'accordera en août 1201.
         

        Le transfert du fief d'Andorre à la maison de Foix
        et les paréages de 1278 et 1288

        En 1208, la fille unique d'Arnau de Castellbo et d'Arnalda de Caboet, Ermessanda, épouse Roger Bernat II de Foix. De cette union naquit Roger IV de Foix dont le fils, Roger Bernat III, épousa Marguerite de Béarn, unissant ainsi les maisons de Foix, de Caboet et de Castellbo à la maison de Béarn.

        Roger Bernat II de Foix, puis ses héritiers Roger IV et Roger Bernat III de Foix, entreprirent une lutte acharnée contre l'église d'Urgell dans l'espoir de voir diminuer les droits des évêques sur l'Andorre. Cette virulence envers l'Église ainsi que le pouvoir croissant acquis par la maison de Foix, déplurent aux comtes catalans ainsi qu'aux rois d'Aragon, qui se mêlèrent aux conflits à plusieurs reprises. La médiation de ces derniers fut par ailleurs décisive dans l'accord arbitral signé le 8 septembre 1278 par Pere d'Urg, évêque d'Urgell et Roger Bernat III, comte de Foix, sous le nom de « Premier Paréage ». Les traités de paréage sont bien connus dans la France médiévale : presque toujours signés entre un partenaire laïc et un partenaire ecclésiastique ils représentent, dans le sud de la France, le mécanisme d'introduction de la monarchie capétienne dans les domaines appartenant à l'Église.

        1- Le paréage de 1278

        Le premier paréage est une étape fondamentale de l'histoire d'Andorre. Il a une double portée car, sur le plan juridique, il fixe l'accord entre les deux seigneurs féodaux eu égard à leurs prétentions respectives sur les Vallées d'Andorre et, sur le plan politique, il est une transaction selon laquelle d'un côté, la partie épiscopale doit admettre le comte comme participant et associé à l'exercice actif de la seigneurie d'Andorre et, de l'autre côté, le comte doit renoncer à exercer seul le pouvoir qu'il a obtenu par la force, au mépris des serments disposant qu'il n'était que le feudataire de la mitre.

        Le traité confère aux deux seigneurs le « merum imperium » - qui représente, dans le monde féodal, la plus haute conception du pouvoir public après la royauté -, et définit les attributions respectives des deux seigneurs en matière de juridiction civile et criminelle, en matière d'impôts et de service militaire. Le premier paréage précise ainsi notamment que:

        - le tribut, questia, sera payé à tour de rôle, un an à la mitre et un an au comte (pour l'évêque, le montant est fixé à 4 000 sous, le comte pouvant fixer librement le montant de la somme devant lui être versée)
        - la justice est exercée conjointement par les deux seigneurs
        - les Andorrans ont des obligations militaires envers les deux seigneurs, à moins que le conflit n'oppose le comte à l'évêque d'Urgell.

        En 1282, à la demande de l'évêque d'Urgell, le pape Martin IV reconnaît la conformité du paréage. Il ne faut pas voir dans cette intervention du pape une preuve de souveraineté des pontifes sur l'Andorre, car le pape intervient ici en tant que souverain pontife exerçant une souveraineté morale, et non pas comme seigneur temporel.

        2- Le paréage de 1288

        Peu après la signature du premier paréage, le comte de Foix, à la faveur de quelques lacunes du texte, fait construire un château sur le Puy Sant Vincenç, site lui permettant de surveiller les activités de l'évêque... et donc source d'opposition entre les deux seigneurs.

        Afin d'éviter de nouveaux conflits, un second paréage est donc signé, le 6 décembre 1288, entre Pere d'Urg et Roger Bernat III. Le second paréage dispose notamment qu'aucun des deux seigneurs ne peut construire de château ou de forteresse sans un consentement mutuel, et octroie aux deux seigneurs le droit de nommer respectivement un notaire.
         

        L'Andorre du XIVè au XVIIè siècle

        Au cours du XIVè siècle, le comte de Foix et l'évêque d'Urgell exercent très souvent séparément leur pouvoir sur les Vallées d'Andorre. Ainsi, les comtes de Foix accordent aux Andorrans des privilèges, franchises et libertés notamment en matière militaire -, et les évêques établissent des ordonnances en matière judiciaire et fiscale.

        1- Au XVè siècle, les comtes de Foix deviennent souverains de Navarre

        Au cours du XVè siècle, les alliances, les héritages, les legs, accroissent et modifient de façon considérable les possessions de la maison de Foix. En 1401, Isabelle, épouse d'Archambaud de Grailly et sœur du comte Mathieu de Foix, mort sans enfant, est reconnue comme héritière. Son fils, Jean de Grailly-Foix lui succède et ajoute aux possessions de la maison, le comté de Bigorre qu'il a reçu de Charles VII. Gaston IV, fils de Jean, rachète le vicomté de Narbonne et épouse Éléonore d'Aragon, fille du roi d'Aragon et de Navarre, Jean II qui, à la mort de ce dernier, hérite de la Navarre. C'est leur petit-fils, François Phoebus, qui devint, en 1479, roi de Navarre et Catherine, sa sœur héritière, transmet ses domaines à la maison d'Albret par son mariage avec Jean d'Albret. De cette union naquit Henri I de Foix, qui épousa Marguerite d'Orléans et de ce mariage naquit Jeanne d'Albret.

        2- Henri IV rattache les droits de co-seigneurie des comtes de Foix à la couronne de France

        Henri de Navarre, fils de Jeanne d'Albret et d'Antoine de Bourbon - roi de Navarre et comte de Foix, vicomte de Béarn et seigneur d'Andorre - descendant de Saint Louis par les mâles est reconnu par Henri III et les États-généraux de Tours en vertu de la loi salique comme l'héritier légitime de la couronne de France. En 1589, Henri de Navarre devient Henri IV, roi de France et de Navarre. Il ne sera sacré qu'après son abjuration en 1593. En 1607, Henri IV rattache à la couronne les droits de co-seigneurie des comtes de Foix.
         

        Du XVIIIè au XXè siècle.
        Du droit traditionnel et coutumier de la féodalité
        à l'État de droit constitutionnel écrit

        Les droits de co-seigneurie sur l'Andorre passeront ensuite aux rois de France, héritiers des comtes de Foix. En 1793, en raison de l'origine féodale des liens unissant l'Andorre à la France, les Républicains français refusent de maintenir les relations avec les Andorrans et de recevoir leur tribut. C'est Napoléon qui, en 1806, rétablira la tradition féodale et les droits de co-seigneurie de la France sur la Principauté.

        Enfin, pour clore cet aperçu de l'histoire andorrane il convient de remarquer qu'il faudra attendre plus de six siècles pour voir au mois d'octobre 1967, un co-prince français - Charles de Gaulle - fouler le sol en Principauté, et pour assister au mois d'août 1973, dans la ville française de Cahors, à la rencontre des deux coprinces, l'évêque d'Urgell - Joan Martí Alanis - et le président de la République française - Georges Pompidou -.Depuis lors, tous les présidents de la République française, co-princes d'Andorre, se sont rendus en Andorre et ont entretenu des contacts fréquents avec leur homologue épiscopal.

        C'est au début des années 80 que la nécessité de réformes importantes des institutions s'impose. Depuis quelques années déjà, un certain nombre d'anachronismes sont dénoncés, notamment en matière de souveraineté, de droits de l'homme, d'équilibre des pouvoirs.

        Ce temps des réformes s'amorce véritablement en 1981, avec la séparation des pouvoirs : avec l'accord des coprinces, est créé le gouvernement andorran, sous la dénomination de Conseil exécutif. S'enchaînent alors différents chantiers de réformes (code pénal, code administratif), toujours soumises à l'accord des coprinces.

        Cependant, assez rapidement, le processus s'enlise et, devant la volonté unanime du Conseil général des Vallées s'engage, au printemps 1991, une négociation en vue d'élaborer une Constitution. L'élaboration de la Constitution réunira, pendant deux ans, une délégation du Conseil général et une délégation pour chacun des coprinces. La négociation sera longue et difficile, les méfiances et les a priori nombreux, mais la volonté d'aboutir à l'adoption d'un projet commun primera, malgré une crise interne marquée, à mi-parcours, par la démission à l'unanimité du Conseil général.

        Le texte approuvé unanimement par les coprinces et le Conseil général des Vallées est soumis au référendum et approuvé par le peuple andorran le 14 mars 1993, jour anniversaire célébré depuis chaque année. Quelques mois plus tard, Andorre est admise à l'ONU. La constance et la ferme volonté de parvenir à la souveraineté par l'élaboration d'une Constitution, ont eu raison des obstacles juridiques et des principes séculaires que d'aucuns décrivaient comme insurmontables, sans pourtant avoir rompu radicalement avec la tradition, sans troubles ni violences, en maintenant les coprinces dans leurs fonctions de chefs de l'État.

        rcpf@andorra.ad