M. Charles de Gaulle


         

        Allocution prononcée par Monsieur Charles de Gaulle
        Président de la République française et Co-Prince d'Andorre

        Andorre la Vieille - Maison des Vallées - 23 octobre 1967
         


         
         

        Monsieur le syndic général,
        Monsieur le vice-syndic
        Messieurs les conseillers généraux,
        Messieurs,
         

        Les paroles que vient de m'adresser Monsieur le syndic général m'ont profondément touché.

        Je ne crois pas qu'on aurait pu mieux exprimer qu'il l'a fait, ce qui est la valeur et la douceur des Vallées d'Andorre : je veux dire leur fidélité. La fidélité à vos institutions; celles des Co-Princes qui depuis plus de 700 ans assurent ici au territoire une vie paisible et une vie qui va se développant. Fidélité à votre langue, à votre religion, à vos traditions, et tout cela exprimé par ce plan de Réforme qui est maintenant centenaire, et que vous pratiquez. Fidélité aussi que l'on ressent aussitôt qu'on a pénétré dans cette magnifique et émouvante Maison des Vallées.

        Pourtant, ce n'est pas seulement l'attachement à la tradition qui suffit à la vie d'une population, vous le savez bien; dans les temps où nous sommes, les temps comme on dit modernes, toutes sortes de courants nouveaux, de nécessités nouvelles, s'imposent à nous où que nous soyons, et elles s'imposent aux Vallées d'Andorre, je le sais. Elles s'imposent à tous égards. D'abord, pour ce qui concerne votre population elle-même, qui ne peut plus être limitée aux andorrans de vieille souche, et que vous devez, peu à peu, étendre en y intégrant les générations qui naissent et qui croissent sur votre sol.

        Aussi, changement pour ce qui concerne votre agriculture et vos agriculteurs. Cela est vrai pour vous et cela est vrai partout. C'est un problème difficile et dont je sais que votre Syndicature et votre Conseil Général le suit avec la plus grande attention.

        Le tourisme, qui est maintenant pour vous une source essentielle de votre existence, tourisme que vous avez à organiser de mieux en mieux, et vous le faites, en été et en hiver. Et cela implique, bien entendu, des communications. Communications routières, qu'elles soient à l'intérieur de vos Vallées ou qu'elles vous relient à l'extérieur, et aussi le téléphone et toutes sortes de moyens modernes qui sont indispensables pour vous mettre en rapport avec l'extérieur et rendre plus facile l'activité touristique des Vallées.

        Enseignement, formation de la jeunesse, formation par l'instruction, formation aussi au point de vue professionnel, cela je le sais est une question essentielle pour vous. Et à cet égard, vous n'ignorez pas à quel point votre Co-Prince français suit ce problème avec beaucoup de sollicitude. Il y a eu en particulier, je le sais, un projet de collège : de collège secondaire et en même temps technique, qui sera construit, je vous le dis, dès que le terrain nécessaire nous sera présenté.

        A tous ces divers égards, qui sont la mutation des Vallées d'Andorre, je tiens à vous dire que votre Co-Prince français attache une grande importance et qu'il vous y aide et vous y aidera dans toute la mesure de ses moyens. Déjà beaucoup de choses ont été faites avec son concours et d'autres le seront, si vous le souhaitez.

        Je me félicite, du reste, d'autant plus de cette institution dont j'ai parlé tout à l'heure et qui prévoit les deux Co-Princes des Vallées d'Andorre, que, j'ai pour le Co-Prince Episcopal, je le dis ici, la plus haute considération et que nous sommes, lui et moi, en communication chaque fois qu'il le faut, pour coopérer au bien des Vallées.

        Messieurs les syndics, Messieurs les conseillers généraux, j'ai toute confiance dans votre avenir. Il m'a suffit de venir chez vous pour m'apercevoir aussitôt de cette coïncidence de votre passé et de votre avenir. Vous êtes en train de faire de grands changements, ce ne sont pas des bouleversements. Encore une fois vous restez vous-mêmes, mais vous avez, vous aussi, voulu que votre époque soit la vôtre.

        Vive les Vallées d'Andorre!
         

               
         
         

               
         
        Allocution prononcée parMonsieur Charles de Gaulle
        Président de la République française et Co-Prince d'Andorre

        Andorre la Vieille - Place Príncep Benlloch - 23 octobre 1967
         

           
           
        Mon premier mot est pour vous dire à quel point je suis touché par le magnifique accueil que les Vallées d'Andorre, et en particulier cette ville font au Co-Prince français, au Président de la République française, à Charles de Gaulle. De tout mon cœur je vous remercie. Dès que l'on entre chez vous, dès que j'y suis entré, ont est saisi par l'évidence d'une fidélité magnifique. Vous êtes un pays fidèle à lui-même. Je crois bien que c'est ainsi depuis Charlemagne et puis vous avez continué avec des institutions qui, depuis sept siècles, par un espèce de miracle, font qu'il n'y a jamais chez vous ni une guerre ni une révolution, alors que les pays voisins pendant ces sept siècles en ont traversé tant et tant.

        Mais le moment est venu, vous le savez comme moi, où l'époque moderne tout en voulant que l'on respecte et que l'on garde ses traditions, veut aussi que l'on se transforme. Les Vallées d'Andorre se transforment. Elles se transforment et doivent se transformer par l'intégration de générations nouvelles nées sur leur sol et qui y grandissent.

        Elles se transforment quant à leur agriculture et à leurs agriculteurs. C'est là un problème, vous le savez tous, qui est un problème pour tous les pays de l'Europe. Et s'en est un pour votre pays. Il faut que les choses se fassent d'une manière équitable, juste et profitable à vos Vallées. Transformation au point de vue de vos communications avec l'extérieur. Pendant bien longtemps les Vallées d'Andorre furent enfermées sur elles-mêmes avec leurs montagnes tout autour. A présent, elles sont en relation directe avec l'extérieur, en particulier avec la France, par la belle route que j'ai suivie ce matin. Le jour vient òu il faudra que cette route soit complétée par un tunnel routier pour que vous puissiez recevoir facilement, l'hiver comme l'été, un nombre de plus en plus grand de visiteurs, des touristes, d'amis, qui de partout viennent vous voir. Transformation, quant à l'enseignement, quant à la formation de votre jeunesse, non seulement pour son instruction, mais aussi au point de vue de sa capacité professionnelle à cet égard, votre Co-Prince français a déjà fait beaucoup. Il est prêt à faire davantage.

        En particulier, il est prêt à construire ici un collège secondaire et technique dont vous aviez besoin. Toutes ces transformations, c'est la vie, et les Vallées d'Andorre vivent plus ardemment que jamais. Votre population s'accroît, votre importance aussi, par le fait qu'on vous connaît de mieux en mieux. Eh bien, vous avez un exemple à donner, vous aussi. Les Vallées d'Andorre, qui déjà donnent l'exemple de la fidélité, doivent aussi donner l'exemple d'une évolution qui se fasse d'une manière raisonnable et dans l'ordre.

        C'est ce que vous avez à faire et c'est ce que vous faites. Je vous en fais mon compliment, et je vous répète que, comme Co-Prince des Vallées d'Andorre, je suis tout prêt à faire davantage en faveur du développement de votre beau pays.

        J'emporterai de mon passage parmi vous un souvenir magnifique, en particulier, quant aux sentiments que j'ai vu partout se manifester autour de moi. Il y a, je le sens, entre vous et, je puis dire, moi-même, un lien direct qui s'était établi déjà en théorie et qui, aujourd'hui, s'est réalisé en pratique. Nous sommes maintenant unis, vous et moi, unis pour le présent, et, j'ose le dire, dans la mesure où cela m'est accordé, unis pour l'avenir.

        Visca les Valls d'Andorra!

         

           
        rcpf@andorra.ad